Nantes – Covid-19 : « On a touché une nouvelle clientèle »

Collège La Colinière 4ème // 2 avril 2021

Interview : Rémy Ehlinger, patron de la librairie Coiffard à Nantes, nous raconte comment la célèbre librairie du centre-ville a résisté à la crise sanitaire.

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La Col : Comment s’est organisé votre commerce pendant le confinement ?

Rémy Ehlinger : Au début du premier confinement on a fermé comme tout le monde. C’était la première fois en 100 ans que cette librairie fermait ses portes, c’était quand même assez exceptionnel. On en a profité pour faire nos inventaires. Au bout de six semaines, on a commencé à ouvrir ponctuellement les portes et à permettre aux gens de commander sur notre site internet. Ils venaient récupérer leurs livres à certaines tranches horaires dans la semaine. J’ai commencé tout seul, il ne fallait pas mettre les gens en danger.

    • « la demande a fortement augmenté »

La Col  : Comment vos clients achetaient-ils leurs livres ?

Rémy Ehlinger : Les gens venaient récupérer les commandes qu’ils avaient passées sur le site. Les gens réglaient leur commande sur le site. C’est le principe du click and collect. La demande a fortement augmenté : les gens préféraient acheter chez nous plutôt que sur des sites impersonnels et destructeurs d’emploi comme Amazon (voir interview France Bleu Loire Océan). J’ai fait revenir sur place mes libraires qui étaient tous en chômage partiel : il y avait beaucoup trop de commandes ! Cela a duré ainsi jusqu’à la fin du premier confinement. Et le lundi de la réouverture, les gens sont revenus : nous n’avons pas eu de creux. Les gens étaient heureux de pouvoir avoir des conseils, d’acheter leurs livres en librairie. Jusqu’à l’été, tout a continué ainsi.

A la veille du deuxième confinement, en novembre, nous avons été dévalisés ! Ca a été la folie : c’était la meilleure journée de toute l’histoire de notre librairie ! Pour ce deuxième confinement, nous étions prêts, on savait faire et donc on a repris le click and collect immédiatement et cela a très bien fonctionné.

– « quoi qu’il arrive, nous ne fermerons plus ! »

La Col  : Pensez-vous avoir gagné des clients ?

Rémy Ehlinger : Clairement oui. Il y en a quelques-uns que nous voyons moins. Les personnes à risques, plus âgées par exemple, ne viennent plus automatiquement. En revanche, on a beaucoup parlé des librairies pendant le premier confinement. C’était en fait le seul moyen de culture encore possible puisqu’il n’y avait plus de cinéma, de concert, de musée, de théâtre, etc. Cela nous a fait gagner de nouveaux clients. Des clients qui avant n’osaient pas aller à la librairie, ou d’autres qui ne connaissaient pas notre site internet qui existe depuis très longtemps. On a touché une nouvelle clientèle. Et comme depuis 15 jours, les libraires sont considérées comme commerces essentiels, quoiqu’il arrive, nous, nous ne fermerons plus ! Par ailleurs, dans notre région, la Loire Atlantique, nous sommes un peu privilégiés et un peu moins touchés par l’épidémie. Et puis le vaccin commence à se répandre, enfin, pour toutes ces raisons, je suis plutôt confiant.

    • « le COVID a généré un changement de mode de consommation »

La Col : Vous n’avez donc pas peur que votre librairie disparaisse ?

Rémy Ehlinger : Non, pas d’inquiétude dans l’immédiat. On a tenu cent ans et on compte bien tenir cent ans de plus !

Maintenant, lorsque tout reviendra à la normale, est-ce que les gens vont continuer à lire, est-ce que ces ventes en lignes ne vont pas faire disparaitre tous les commerces des centres-villes ? Les gens ont aussi pris l’habitude de découvrir la vente en ligne durant ces temps COVID. Ceux qui ne commandaient jamais rien sur internet ont dû s’y mettre pour certains produits : ils n’avaient pas le choix. Les gens peuvent avoir perdu le goût de se déplacer : on ne sait pas du tout. Le COVID a aussi généré ça et ça risque de créer de nouvelles habitudes, un changement de mode de consommation. On fera le bilan dans quelques années mais c’est sûr que le commerce numérique a pris son essor pendant cette période COVID. On ne peut pas être non plus cent pour cent optimistes même si on est confiant dans notre métier, il nous faut attendre de voir comment la société va évoluer !

Kerig Henault

Isaac Tridant-Jullien

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